Les boutiques de mode sont bien plus que de simples points de vente
Chronique – Isolde Delanghe, directrice de Mode Unie

Depuis des années, les magasins physiques subissent la pression de l’essor du commerce en ligne et de la numérisation. Les débats sur le commerce de détail portent donc souvent sur le chiffre d’affaires, les locaux vacants et la concurrence. Mais que se passerait-il si nous considérions les magasins non seulement comme des acteurs économiques, mais aussi comme des lieux où les gens se rencontrent encore véritablement? Dans cette chronique, Isolde Delanghe, directrice de ModeUnie, plaide en faveur d’une appréciation plus large du magasin de mode : non seulement comme point de vente, mais aussi comme un maillon indispensable du tissu social de nos villes et communes.
Les magasins, derniers lieux de contacts sociaux spontanés?
Cet été, de nombreux consommateurs se rendent dans les nombreux centres-villes animés, les communes côtières et les petits villages pittoresques de notre belle et diversifiée Belgique. Sous la devise "touriste dans son propre pays", nous profitons tous ensemble de places animées, de rues commerçantes pleines de charme et de commerçants (de chaussures) accueillants qui nous reçoivent avec le sourire.
Mais nous nous interrogeons rarement sur ce que ces magasins représentent réellement pour nous et pour la société dans laquelle nous vivons ensemble.
Notre société se numérise à un rythme effréné. Nous faisons nos achats en ligne, nous travaillons à distance depuis chez nous, nous effectuons nos opérations bancaires en ligne, nous réservons nos voyages en ligne et nous communiquons par voie numérique avec nos amis et notre famille. Dans le même temps, les inquiétudes concernant la solitude et l’isolement social ne cessent de croître. Bien que nous ayons la possibilité d’être en contact avec le monde entier 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, beaucoup de gens se sentent seuls et nombreux sont ceux d’entre nous qui recherchent des liens et des relations enrichissantes.
Les commerçants de mode – et a fortiori les marchands de chaussures – sont littéralement proches de leurs clients, et dans un monde de plus en plus numérisé, cela a un impact certain sur les gens
Le magasin physique mérite d’être davantage valorisé
Les boutiques de mode sont l’un des rares endroits où les gens se rencontrent encore spontanément, sans rendez-vous, sans adhésion et sans écran ni téléphone entre eux.
Les clients entrent dans le magasin pour acheter une paire de chaussures, un pantalon, un soutien-gorge ou une chemise, et repartent non seulement avec un sac rempli de nouvelles acquisitions, mais souvent aussi avec le sourire, un sentiment de soulagement et l’esprit plus serein.
Les commerçants de mode – et surtout les cordonniers – sont littéralement proches de leurs clients, et dans un monde de plus en plus numérisé, cela touche profondément les gens. La proximité, la gentillesse et le fait de s’intéresser aux envies du client ouvrent souvent la voie à une conversation qui va bien au-delà du simple argumentaire de vente.
Les détaillants de mode sont à l’écoute de leurs clients; ils les aident souvent à surmonter des difficultés mentales et physiques en réfléchissant avec eux à certaines préoccupations, brisant ainsi la solitude ou le sentiment d’isolement que ressentent de nombreuses personnes. Des thérapeutes diplômés en service client, en vente de mode et en compréhension de la nature humaine, en quelque sorte.
Nous devons donc de toute urgence considérer nos boutiques de mode comme bien plus qu’un simple point de vente de vêtements, de chaussures et de lingerie. Nos nombreuses boutiques de mode font partie intégrante du tissu social de nos quartiers et de nos villes et contribuent à animer les centres-villes. Quiconque vit dans un village ou une ville dont la rue commerçante est déserte le confirmera : une rue commerçante animée ne génère pas seulement de l’activité économique, elle crée également un fort sentiment d’appartenance.
À l’égard des consommateurs, nous devons donc désormais mettre davantage l’accent sur notre rôle social en tant que détaillants de mode
Les boutiques de mode comme lieux de rencontre
Lorsque nous parlons de commerce de détail et d’activité commerciale dans les villes et les communes, nous évoquons souvent le chiffre d’affaires, les locaux vacants, le commerce en ligne et la concurrence internationale. À juste titre, car ce sont là autant de thèmes qui empêchent nos commerçants de mode de dormir chaque semaine, voire chaque jour.
Cependant, le débat sur le commerce local ne doit plus se limiter à une discussion sur ce à quoi devrait ou non ressembler une entreprise bien gérée et réfléchie. Il doit également porter sur la question de savoir dans quelle société nous voulons vivre. Une société dont nous ne faisons pas seulement partie, mais dans laquelle nous jouons également un rôle actif. La question se pose alors de savoir comment nous allons, ensemble, nous atteler à ce projet commun.
Chaque choix a ses conséquences, et il est temps que le consommateur en prenne davantage conscience. Voulons-nous commander des articles bon marché sur des boutiques en ligne internationales et nous laisser séduire par la énième promotion proposée sur Internet? Ou souhaitons-nous également préserver des magasins où nous pouvons nous rencontrer, où les conseils restent personnalisés et où nous pouvons confier nos préoccupations à un visage familier? Des magasins où l’on nous offre un sourire quand la semaine est difficile, des magasins où l’on peut oublier nos soucis pendant qu’on fait nos achats, tandis qu’un vendeur nous explique avec enthousiasme pourquoi ce nouveau vêtement nous va à merveille.
À l’avenir, nous devrons donc davantage mettre en avant, auprès des consommateurs, le rôle social que nous jouons en tant que détaillants de mode. Car lorsqu’un magasin disparaît, nous perdons plus qu’un simple point de vente. Nous perdons un lieu de rencontre. Et dans l’intérêt tant des entrepreneurs que des consommateurs, nous ne pouvons plus laisser cela se produire.