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29/11/2017 - MARIE VERHULST

Luc Decuyper a fait de sa cordonnerie un veritable concept store

 

Il est bien loin, le souvenir du cordonnier aux mains noircies. Aujourd'hui, nous découvrons un magasin agréable, où l'on pourrait manger à même le sol, tenu par un homme soigné qui nous attend derrière son comptoir. Luc Decuyper tient depuis 28 ans déjà sa cordonnerie Shoerecrafting dans la Langestraat à Bruges. Fort d'une belle expérience acquise chez Delvaux, Luc aime les réalisations les plus raffinées. Il se définit comme plus qu'un cordonnier. Il a appris à jongler avec les pièges du secteur en proposant à la vente des ceintures, des produits d'entretien et des gants. Son site de réparation connaît un grand succès.

HISTORIQUE

Luc Decuyper: “En 1989, j'ai ouvert ma cordonnerie. J'occupais alors un magasin deux ou trois maisons plus loin, mais j'ai fini par déménager quelques années plus tard dans ce bâtiment-ci. Je suis tombé dedans vraiment par hasard, car j'ai toujours dit que je ne serais jamais cordonnier. J'ai travaillé neuf ans pour Delvaux. Lorsque j'ai arrêté, un cordonnier remettait son commerce, et je me suis dit que c'était une belle opportunité à saisir. Mais j'ai toujours eu une nette préférence pour le travail plus fin, et je voulais vraiment balayer cette image poussiéreuse du cordonnier. C'est ainsi que, dès le premier jour, j'ai visé le segment supérieur."

Restauration de chaussures

Luc “J'ai opté pour le nom Shoerecrafting, car je restaure les chaussures et parce que ça se trouve facilement sur Google. Sur les forums de vrais passionnés, c'est vraiment un atout de taille."

Autodidacte

Luc: “J'ai appris le métier tout seul. J'ai bien retenu les bases de chez Delvaux, qui me sont bien utiles, puisque j'effectue toujours des réparations délicates. C'est en forgeant qu'on devient forgeron. Si l'on retrouvait ma première réparation, on ne pourrait en rien la comparer à ce que je fais maintenant."

OFFRE

Luc: “Avec les années, l'offre a énormément évolué. Je travaillais d'abord uniquement comme cordonnier, mais il y a douze ans, j'ai décidé de vendre également des chaussures pour hommes, car je trouvais que cela cadrait bien avec mes activités. Aujourd'hui, je vends aussi des cannes, des chaussettes, des pantoufles, des gants, des ceintures et des cartables."

“Je voulais balayer cette image poussiereuse du cordonnier” 

Concept

Luc: “J'ai choisi ces produits, car je trouvais cela risqué de n'être que cordonnier. En proposant ces différents articles et un service de réparation, mon travail est plus varié et je l'exerce avec encore plus de passion et de plaisir. J'ai choisi cette voie, alors qu'il y a quinze ans déjà, le secteur était à la traîne. Pour faire face à un secteur en pleine évolution, j'ai aussi préféré varier mes produits en vente. Je me suis même intéressé alors aux méthodes appliquées dans les grandes villes comme Paris et Londres, afin de voir comment les magasins similaires s'adaptaient. J'ai vu qu'ils proposaient un assortiment plus général, qui se rapprochait d'un concept, et d'un concept efficace."

Segment supérieur

Luc: “Pour tous les produits et services que je propose, j'ai toujours opté pour le segment supérieur. Je vends par exemple des produits d'entretien que l'on n'aurait jamais trouvés avant dans le commerce en Belgique. J'attire ainsi les addicts des chaussures qui sont prêts à payer pour des produits de qualité. Certains clients viennent spécialement ici de Louvain, ou même de Bruxelles."

Se distinguer de la concurrence

Luc: “C'est une stratégie qui me permet aussi de me distinguer de la concurrence et de contourner les problèmes que le secteur rencontre parfois. Avant, le rapport entre réparations et ventes était d'environ 50/50. Aujourd'hui, il est de 60/40, en faveur des ventes."

SPECIALITE

Luc: “Ma spécialité dans les réparations de chaussures, c'est de les ressemeler complètement. Je retire complètement la semelle de la chaussure, j'ajoute du liège et je reconstruis la chaussure. Une réparation qui a un prix évidemment (110 euros), mais mes clients déboursent 300 à 400 euros pour leurs chaussures, ils sont donc prêts à mettre le prix."

REPARATION EN LIGNE

Luc: “Depuis que j'ai développé mon site web, il y a treize ans environ, j'ai d'emblée proposé un système de réparation en ligne. Les clients peuvent m'envoyer leurs chaussures par la poste. Ils ont juste un formulaire à remplir, que l'on retrouve sur le site. Lorsque la réparation est faite, je les renvoie pour que le client n'ait pas à se déplacer jusqu'ici. Une formule qui fonctionne, puisque je reçois deux à trois réparations par ce canal chaque semaine. Je sers donc des clients des quatre coins de la Belgique."

PUBLIC-CIBLE

 

Luc: “Mes clients sont des amateurs de chaussures de la meilleure qualité et en prennent grand soin. Mon groupe-cible se compose surtout de quadragénaires et plus. Même si ces derniers temps, j'ai servi des clients plus jeunes qui apprécient mon travail et économisent pour me confier leurs chaussures. Mais cela reste un groupe réduit."

REPARATIONS

Luc: “En fonction du travail à réaliser, je compte entre deux et trois jours pour les réparations. Je travaille sur la base d'une relation de confiance. Les clients ne reçoivent pas de ticket quand ils me remettent leurs chaussures. J'ai développé une excellente mémoire visuelle. Lorsque les clients entrent pour récupérer leurs chaussures, je sais exactement quelle paire aller chercher."

Pas de service rapide

Luc: “Je refuse de travailler avec un service rapide, car je n'y crois pas. Un travail rapide n'est pas compatible avec un résultat de qualité."

QUALITE

Luc: “Avec le temps, j'ai constaté une nette dégradation générale de la qualité de nos chaussures. Un phénomène observé partout dans le monde, et qui ne concerne pas juste les chaussures. Aujourd'hui, ce qui marche le mieux, ce sont soit les produits high-end, soit les produits les moins chers. Prenez par exemple les magasins Primark ou Action, où les produits sont vendus à des prix extrêmement bas. Pour les chaussures aussi, le segment moyen disparaît peu à peu. Nous vivons dans une société de consommation de prêt-à-jeter, si bien que les gens prennent de moins en moins soin de leurs affaires et en achètent de nouvelles plutôt que de les faire réparer. Rien d'étonnant si le prix de la réparation est vraiment élevé par rapport au prix d'achat. Certaines marques misent encore tout sur la qualité, mais elles se font rares."

PUBLICITE

Luc: “A part mon site web, je ne fais rien comme publicité. Le bouche à oreille fait tout le travail. Les clients satisfaits parlent de moi. C'est très fréquent sur les forums."

ETALAGE

Luc: “Chaque mois, je fais changer mon étalage par un professionnel. Je crois qu'il est très important de soigner son apparence, jusque dans le magasin. Mon magasin, c'est un peu le prolongement de mon travail. Le magasin doit toujours être impeccablement rangé, et je suis toujours propre sur moi. Je dois inspirer la confiance pour que le client n'ait aucun doute sur le fait que je traiterai ses chaussures avec respect."

MACHINES

Luc: “En termes de machines, j'utilise un combiné, une presse, une presse orthopédique, une machine à coudre, une perceuse et deux bancs de finition. Je garde toujours les mêmes machines, car ce n'est pas un domaine qui innove beaucoup. Mon combiné est le plus vieux du lot, mais il fonctionne à la perfection. De nouvelles machines n'apporteront rien de plus à mes réparations."

AVENIR

Luc: “Tout le monde sait que cordonnier est un métier en voie d'extinction. Une tendance qui dure depuis un certain temps déjà. Il y a quelques années, le journal Het Nieuwsblad avait réalisé une enquête avec KBC pour savoir quelles étaient les métiers en pénurie dans les villes et villages. Les cordonniers s'y sont souvent retrouvés, mais ils ne disparaissent pas sans raison. S'il n'y a pas assez de travail, c'est normal que ces magasins ferment. Il existe aujourd'hui des formations qui ont pour ambition de ressusciter ce métier, mais je ne crois pas que l'on verra plus de cordonniers pour autant. Nous devons garder les pieds sur terre et accepter que nous sommes voués à disparaître. Par contre, je crois dur comme fer que tout est un éternel recommencement. En ce qui me concerne, je n'ai pas de repreneur direct. Ce serait bien, mais pour le moment, le jour où je prendrai ma retraite, je tournerai vraiment la page pour écrire un tout nouveau chapitre."