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LES CORDONNIERS FONT LE BONHEUR DES GENS

Antoon van den ecker cree ses chaussures sous le pseudonyme toni taloni

toni taloni

Les jeunes cordonniers sont une denrée rare de nos jours. L'Anversois Antoon Van den Ecker est donc un de ces oiseaux rares. En août prochain, il ouvrira son propre atelier de cordonnerie. Mais Antoon fait aussi déjà fureur avec sa collection de chaussures distribuées sous le pseudonyme Toni Taloni, qui varie autant les couleurs que les cuirs.

CORDONNIER PASSIONNE

Comment avez-vous atterri dans ce secteur?

“J'ai déjà exercé plusieurs métiers, en passant de la Fnac à l'horeca, et j'en avais ras-le-bol. J'ai eu l'occasion de suivre une formation en cordonnerie, et ça a été une révélation. Même la couture m'a vite semblé facile. J'aimais tellement ça que j'ai commencé à chercher un emploi chez un cordonnier, ça restait dans le secteur des chaussures, mais la réparation n'avait pour ainsi dire pas grand-chose à voir avec la création de chaussures. J'ai trouvé un cordonnier qui voulait bien m'embaucher, et j'ai continué à suivre des cours. J'ai pu aménager mon atelier dans son magasin, sans payer de location, ce qui m'a beaucoup aidé. Je pouvais aussi utiliser ses machines pour la confection de mes chaussures. Maintenant, je crée mes chaussures en activité complémentaire. Dès le mois d'août 2016, je vais ouvrir mon propre magasin, dédié à la réparation comme à la fabrication de chaussures. L'objectif est d'avoir un beau magasin, ce ne sera pas un espace renfermé, jaune et mauve, avec de la moquette."

Votre grand-père faisait des chaussures?

“Oui, et ça n'a pas manqué de me motiver encore plus de me dire que j'ai ça dans le sang. Même si je ne l'ai jamais connu, puisqu'il est décédé, alors qu'il était encore assez jeune. Mais c'est bien pour ma grand-mère qu'il y ait une continuité. Lorsque je tiens le marteau de mon grand-père, avec lequel il travaillait il y a trente ans, c'est quelque chose de fort. Mais le hasard fait bien les choses, car je ne me suis pas lancé dans la cordonnerie, parce que mon grand-père y était."

Comment avez-vous su que vous aviez trouvé ce qui vous passionnait vraiment?

“Quand vous l'avez trouvé, vous le savez, c'est tout, et pour moi, fabriquer des chaussures m'a vraiment tout de suite passionné. Aujourd'hui, le métier de cordonnier est davantage respecté. On en rencontre peu, et encore moins des jeunes. Les chaînes prennent la relève, mais c'est toujours vite fait, et sans vouloir que la chaussure vive le plus longtemps possible. Ils utilisent des matériaux qui s'usent très vite, et je trouve ça malheureux. Je veux être un bon cordonnier qui sait prendre son temps et trouver les meilleurs matériaux, et les plus solides, pour des réparations efficaces. De plus, je peux utiliser tout ce que j'ai appris dans ma formation de confection de chaussures lors des réparations."

DU CROQUIS A LA CHAUSSURE

Comment ça se passe, de la demande du client à la paire de chaussures terminée?

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“J'utilise une même forme de base à partir de laquelle je crée tous mes modèles. Pour chaque modèle, j'ai réalisé une chaussure d'essai afin de voir si ça convient ou non. Lorsque le client essaie la chaussure d'essai, et qu'il ne la trouve pas confortable, malheureusement, l'histoire s'arrête là, car pour de vraies chaussures sur mesure, il faut vite compter 1.200, 1.500 euros, alors que mon prix est de 750 euros. Si la chaussure plaît, le client peut ensuite choisir parmi huit designs. Des décors très classiques, que l'on rencontre depuis plus de cent ans déjà, mais vraiment intemporels à mes yeux. Le client peut choisir le cuir par chaque élément de sa chaussure: cuir de saumon, de raie, couleurs spéciales, ...

Les cuirs sont présentés ensemble et on élimine au fur et à mesure ce qui ne plaît pas au client. Dès que la sélection est faite, nous étudions les meilleures combinaisons. L'occasion de porter ces chaussures oriente le choix. Est-ce une chaussure à porter régulièrement ou plutôt réservée à un moment spécifique, comme un mariage? Si c'est le cas, le client peut amener la tenue qu'il portera pour que les combinaisons soient assorties aux vêtements. Dès que le choix est fait, le client paie un acompte et il peut venir chercher ses chaussures dans un délai de max. six semaines.“

Quels cuirs utilisez-vous?

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“Pour le bœuf et la vachette, je travaille avec un fournisseur fixe dont les produits sont toujours de la meilleure qualité. J'ai d'autres fournisseurs pour les commandes plus spéciales, comme du cuir de raie, ou de saumon. Je cherche aussi régulièrement de nouveaux cuirs qui me plaisent vraiment. La doublure de mes chaussures est toujours en cuir issu du tannage naturel, non chromé, car il faut éviter toute réaction allergique."

Existe-t-il des alternatives durables au cuir?

“Non, le cuir reste le matériau le plus durable. Des chaussures en cuir bien entretenues peuvent durer des dizaines d'années, et en plus, elles se réparent. Les chaussures en plastique ou en textile sont beaucoup plus difficiles à réparer. Coudre, perforer ces matériaux, c'est risquer à chaque fois la déchirure. Vous pensez peut-être faire des économies en achetant des chaussures à 30 euros, mais quand vous devez les faire réparer, et ressemeler ou changer le talon, cela vous coûte vite autant qu'une nouvelle paire de chaussures."

Et pourquoi des chaussures pour hommes uniquement?

“J'ai aussi fabriqué des chaussures pour femmes, mais le résultat ne correspondait pas à mes attentes. C'est difficile de trouver un modèle de base qui peut aller de la pointure 35 au 43. Par contre, je propose des chaussures pour femmes à partir de mes modèles pour hommes. La chaussure est alors légèrement plus pointue, mais pour le reste, c'est parfait."

FUTUR

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Où vous voyez-vous d'ici quelques années?

“Dans une cordonnerie qui tournera bien. Il faut que je puisse gagner ma vie. Et je préfère les réparations à la création. C'est un métier gratifiant, car vous faites le bonheur des gens. Et je ne refuse rien, car pour moi il y a une solution à tout. Parfois, une solution plus chère, c'est vrai, mais le client a le choix d'accepter ou non. Quand vous avez réparé leurs chaussures préférées, vous illuminez leur journée, et vous y gagnez quelque chose. C'est plus agréable que de laisser partir des chaussures que vous avez créées de toutes pièces. Oui, vous êtes payé pour ça, mais c'est un sentiment un peu mitigé. On ne ressent pas ça pour les chaussures de quelqu'un d'autre."

Quel avenir pour les chaussures que vous créez?

“C'est une soupape créative. J'en ai besoin. Je ne veux pas ne faire que ça de mes journées. Quatre clients par mois pour des chaussures faites main, ce serait bien, pas plus."

L'ARTISANAT A LA COTE

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Quel regard portez-vous sur votre secteur?

“On assiste au grand retour de l'artisanat. Surtout depuis trois ans, je trouve. Je suis de plus en plus confronté à des personnes plus aisées qui achètent des vêtements et des chaussures plus durables. Les personnes qui ont un travail normal, ne peuvent pas s'offrir des chaussures à 700 ou 800 euros. On avance sans eux. On pourrait baisser les prix, mais sacrifier alors la qualité du cuir, ou faire fabriquer les chaussures en Chine."

JAUNE VIF OU EXOTIQUE

Vous avec des retours sur vos chaussures?

“Oui, et ça fait vraiment plaisir, évidemment. Il m'est arrivé d'aller boire un verre en portant des chaussures de ma propre confection très flashy et dont je doutais un peu d'ailleurs. Je suis rentré dans le café et une dame est venue me trouver pour me dire: “Pourriez-vous me dire où vous avez acheté ces chaussures, elles sont super belles!". Ça fait du bien d'entendre cela, bien sûr."

Les belges sont-ils ouverts quand il s'agit de chaussures?

“Assez, oui. Même si je distingue plusieurs niveaux entre classique et extravagant. Lorsque, p.ex., j'ai fait des chaussures pour Kapitein Winokio (musicien belge, Winok Seresia de son vrai nom, NDLR), il avait choisi du jaune vif. On voit aussi de plus en plus de cuirs exotiques. Même si je me pose pas mal de questions à leur sujet. J'aimerais travailler le cuir d'autruche, mais impossible de savoir d'où vient le cuir et comment les animaux ont été traités. Le cuir de saumon est un déchet, donc ça je peux l'assumer. Et le cuir de raie étant 25 fois plus résistant que le cuir de vache, il est juste impossible de le déchirer. Mais le crocodile, p.ex., avec toutes ces images qui circulent ... Je n'en veux pas."